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11 mai 2017 @ 03:30
#TétynonsOgma - Contribution de Charles MJK  
J'ai reçu par email cette contribution il y a quelque jours, mais je ne l'avais pas encore publiée, voilà qui est fait.




De hautes montagnes, au loin, se découpent nettement sur le ciel vide ; les angles se chevauchent, les lignes de crêtes se fendent en cascades de rochers, les piques étincelants, rivalisant d’orgueil, se jettent vers les hauteurs comme pour mieux faire briller leurs neiges éternelles. Mais l’orage n’est pas loin ; déjà, du creux des cols, promesse redoutable des jours froids à venir, s’échappe un vent brumeux qui engouffre en colonne sur les routes des vallées les derniers montagnards, poussant, dans son élan, son souffle jusqu’aux forêts, jusqu’aux villes plus bas, et jusqu’aux palles de tissu d’un petit moulin de plaine. Le moulin, comme pour un phare côtier, forme l’unique tour d’une chaumière sans âge : un toit de tuiles vieillies, à moitié recouvert d’une mousse humide, des fenêtres rondes, des murs habillés de lierres, des poutres, des pierres fatiguées, une large porte de bois et le confort d’un âtre. On y attend l’orage dans une lenteur sereine. Il est loin encore. Oh, la vie y est douce sans doute, un grand arbre et un puits, un peu d’ombre, un bel endroit pour mourir en été. Là-bas le froid, la peur, le silence des cimes échevelées de neige, et le vent en tempête – il n’est que brise ici, il n’est que vaguelettes des remous du grand large.
Devant la maison, une route pavée martèle la terre, tendue vers le nord comme une invitation au voyage ; le porche de la maison, d’ailleurs, ne nous regarde déjà plus. Immobile un instant, sur la voie bien tracée, à son tour, le voyageur regarde. Les châteaux dans le ciel, les montagnes au loin, les forêts enneigées, les grands espaces ouverts et la terre habitable, mouillée d’automne mais brillante, encore, de soleil, et secouée au vent dans sa solitude ; la chaumière reste – il s’en va.





Je rappelle qu'il y a encore jusqu'au 22 mai pour participer à l'édition courante.
À bon entendeur, salut !

Typhon