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27 avril 2017 @ 23:35
#TétynonsOgma LXVII - Contribution de Yann  
Yann m'a envoyé cette contribution par email, je la publie ici afin que chacun puisse la lire et voter pour elle le cas échéant.






Nous passons le plus clair de notre temps à roupillonner. Lorsque les herbes s’enflorent dans les pâtureries, lorsque les montines et les collagnes subissent l’arrosade des nuages, nous roupillonnons.

Lorsque le soleil brûlonne de toute son astrure, nous roupillonnons également.

Lorsque les feuilles des arbres sont soufflardées par les vents et que la terre en est toute enrougie d’or, nous roupillonnons, bien évidemment.

Métier facile, dîtes-vous ? Que vous êtes naïfs. Car il y faut, croyez-nous, mille serrures aux paupières et mille déchirures à l’âme. Pas l’inverse, entendez-vous ? Surtout pas l’inverse.

Qui plus est, roupillonnage d’été n’est pas roupillonnage de printemps, et encore moins d’automne. Celui d’été est le plus difficile.

Roupillonnant, nous rêvassons. Et rêvassant, nous larmoyons et ruisselons par chacun de nos yeux, car nos rêvasseries sont bien tristes.

Mais lorsqu’après tant de roupillonnage s’en viennent les frimances et les gelades de l’hiver, nous vous prions de croire que nous ne roupillonnons plus. Il faut dire que nos larmes s’engrêlent en perles de gel qui nous blessent bien amèrement.

Nous ouvrons donc les paupières l’une après l’autre, jusqu’à la mille trente-septième. Et dans l’ordre ! Puis nous essuyons du revers de la main les effiloseries bleuâtres qui profitent de notre somnolure pour venir picorer nos téguments. Malpolies, les effiloseries! Car elles n’ont pas d’autorisation de picorage en bonne et due forme, croyez-nous.

Ainsi réveillé, nous marchons. Trois tours du monde ; quatre si la jambe gauche est d’humeur ; cinq si la droite n’a pas trop mal au ventre. Nous ne vous croisons pas, car l’hiver c’est vous qui roupillonnez.

Puis, les branches s’enbourgeonnent et l’oisellerie s’en revient des ailleurs. Nous retournons alors à notre roupillonage, bercé par les trilles et les gazouillades.

C’est ainsi que les choses vont.

Mais voilà que cette année, nous avons humé l’odeur des fleurissures ; nous avons senti une douce brisaille caresser notre peau ; nous avons prêté l’oreille aux murmurades animales et aux bruisseries végétales.

Alors nous nous sommes pris d’un désir de vous voir et avons attendu que vous interrompiez votre propre roupillonnage.

Perché au sommet d’un grand chêne, nous vous avons regardés vous extirper des gouffrances où vous hibernez, et nous sommes venu à votre rencontre.

Nous-est-il permis de vous dire, au risque d’être désagréable, que nous ne pensions pas notre progéniture si laide ?