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06 avril 2017 @ 02:40
#TétynonsOgma LXVII - Ma contribution  

La Résurrection



Le vilain hiver était encore mourant que nous sentions battre dans nos veines desséchées un fluide nouveau.

Par delà les vitres dépolies dardait une chaleur qui frappait la chair de notre visage rigide et cireux.

Nous qui étions pourtant fini existions de nouveau en dépit des garçons d'amphithéâtre.

Ce qu'il restait de nos yeux se posa sur ce vieux monde inchangeant avec une certaine curiosité nouvelle tandis que notre faim se réveillait.

Un vent doux soufflait soudain jusque dans ce qu'il restait de nos narines l'appel de l'extérieur.

L'équilibre incertain de nos jambes nous soutint tant bien que mal et il fallut ramper avec effort et se dissimuler aux regards de ceux qui nous enferment.

Ils nieront que nous existons, ils nieront que nous soyons possibles, mais leurs actes contredisent leurs paroles car il n'y aurait nul besoin de nous enfermer si nous étions ce qu'ils prétendent que nous sommes, la matière rendue à la matière, un mécanisme irréversiblement cassé.

Nous savons bien pourtant hanter vos nuits et habiter votre chair, dissimulés derrière le coin des miroirs et les hésitations des âmes fébriles.

Ce que nous représentons c'est l'idée intolérable de votre fin, notre commencement.

Nous avons réussi à franchir le seuil de la porte dans l'air du soir et nous nous sommes allongé dans un buisson. Le contact de la terre a eu un effet bienfaisant contre nos os. Lorsque nous nous sommes redressés, nous étions comme jeune à nouveau et la lune faisait briller nos yeux.

Alors nous avons couru, plus vite que le vent, plus vite encore que l'homme de verre qui voulait échapper à la femme de plomb, afin de ne plus jamais nous laisser enfermer derrière des vitres dépolies.

Lorsque la chaleur vous quittera pour toujours, commencez à rêver à un printemps froid. Décoloré dans un monde décoloré.

Nous savons qu'il ne durera pas, que notre odeur nous révèlera tôt ou tard aux nez sensibles, que notre froideur nous trahira aux corps chauds et juteux dont nous sommes affamés...
La perspective du festin est toujours plus engageante que celle du retour en cellule.

Et contrairement à nos geôliers, nous savons que toujours, nous reviendrons.




Typhon
 
 
 
(anonyme) on le 13 avril 2017 02:51 (UTC)
Oooh, très bon texte!

Le Créateur Fou, ravi.