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24 mars 2017 @ 04:29
Picnic at Hanging Rock  
« What we see and what we seem,
is but a dream within a dream »
(Miranda)



Lundi j'ai regardé The Virgin Suicides, de Sofia Coppola. J'en parlerai peut-être une autre fois.

En lisant sur internet des commentaires sur ce film, qui m'a légèrement perturbé, j'ai lu que son inspiration directe était un film appelé Picnic at Hanging Rock, qui se trouve être le deuxième long-métrage de Peter Weir (qui a fait par la suite Dead Poets Society et The Truman Show).






J'ai donc regardé Picnic at Hanging Rock dans la foulée, et je le recommande chaudement, peut-être même devrais-je dire fiévreusement.







Le film séduit immédiatement par sa photographie lumineuse qui transporte le spectateur dans la chaleur capiteuse de l'été Australien, et par sa bande-son inquiétante, où le classicisme des extraits de musique choisis ne fait jamais oublier le thème de flûte joué par Gheorghe Zamfir.

Le film se déroule en Australie, dans l'état de Victoria et à la toute fin de l'époque victorienne, en 1900, dans un pensionnat pour filles, dirigé par une directrice très stricte, Mrs Appleyard.





Il faut noter que le film est adapté d'un roman écrit par Joan Lindsay, qui, née en 1894, y décrivait donc une époque et un milieu relativement proche d'elle-même.

Le film s'ouvre donc sur des scènes du quotidien tranquille de ces jeunes filles, qui n'ont apparemment pas l'air malheureuses de leur sort.








C'est le jour de la Saint-Valentin, et elles se préparent toutes à une excursion sur une curiosité géologique de cette région de l'Australie, le fameux Hanging Rock.





Toutes ?
Non !






Une écolière taciturne, est privée de sortie, Sara Waybourne. Elle est condamnée à rester toute la journée au pensionnat avec la directrice, tandis que toutes ses condisciples partent pique-niquer.
Il apparaît vite que ce n'est pas la seule façon dont elle se distingue de ses condisciples : c'est une orpheline plutôt solitaire qui goûte visiblement peu ce qu'on lui enseigne, et qui a l'air de n'aimer rien ni personne si ce n'est le souvenir de son frère dont elle a été séparée, et surtout une de ses camarades de classe, Miranda.







Miranda est visiblement tout le contraire de Sara, elle est très populaire, suscitant l'admiration de ses camarades et de ses enseignantes, néanmoins elle semble retourner à Sara son affection dans une certaine mesure.





Le groupe de jeunes filles part donc faire son excursion dans une ambiance joyeuse. Elles profitent vite de l'autorisation exceptionnelle de retirer leurs gants une fois sorties de la ville.






Après le déjeuner, tandis que la torpeur post-prandiale s'empare du groupe accablé de chaleur, trois des filles, dont Miranda, demandent l'autorisation d'aller faire des mesures du rocher.

Elles sont rejointes par une quatrième, Edith, qui ne tarde pas à se distinguer par ses plaintes continuelles, son physique ingrat et aussi une pointe de méchanceté vis-à-vis de Sara (que Miranda défend).

Et au terme d'une séquence particulièrement irréelle, on apprend que seule Edith est revenue et de plus que l'une des enseignantes, Mrs McCraw, a également disparu.

Et c'est tout ce que les gens retiennent du film. La beauté lumineuse des disparues et en particulier de Miranda éclipse complètement le reste du film.









Sauf qu'il ne s'agit pas de la conclusion du film, mais de son point de départ, car à ce stade il reste encore une heure et quart !

Le reste du film montre les conséquences de cette disparition, en particulier sur trois personnages.






D'abord Michael, fils d'une riche famille de la région qui pique-niquait à Hanging Rock en même temps que les jeunes filles (à qui on avait défendu d'aller parler aux étrangers), il fait partie, avec son valet Albert, des dernières personnes à avoir vu les trois jeunes filles... (Pardon ? Il y en avait une quatrième ? "The dumpy one was back a little", dixit Michael)
Et évidemment il est devenu obsédé par Miranda. Au point de revenir sur le rocher et d'y passer une nuit assez désagréable pour tenter de retrouver les disparues.





Ensuite, la directrice du pensionnat, affectée par la perte de Mrs McCraw, se voit confrontée au fait que les parents n'aiment pas que leurs enfants disparaissent et que le scandale induit par la disparition a des conséquences désastreuses sur la réputation de son pensionnat et donc des répercussions financières. Sur qui se venge-t-elle de cette infortune ?






Sur Sara. Car la malheureuse orpheline, non content d'être visiblement très durement touchée par la disparition de la seule personne qu'elle aime, devient la victime idéale de la mesquinerie de la directrice, agacée par les retards de paiement du protecteur de Sara.





La beauté lumineuse et paisible de la première moitié du film a fait place à une atmosphère sinistre de désintégration progressive.








L'une des critiques que j'ai lue sur ce film dit que sa beauté même le rend suspect, parce que la beauté sert souvent à dissimuler des choses. Je crois que ce que la beauté de ce film dissimule, entre autres, c'est la très très profonde tristesse qui finit par s'en dégager.

In fine le thème du film, c'est celui de la perte brutale, irrémédiable et incompréhensible, autant, voire plus, que cette obsession vénéneuse pour un moment du passé où, en disparaissant, les gens deviennent figés dans le temps, comme dans les romans de Modiano.




Attention, ce flim n'est pas un flim sur la tirgonométrie. Merci de votre attention.





En lisant au sujet de ce film sur internet, y a eu plusieurs détails étranges qui m'ont un peu dérangé ou surpris. Le premier c'est que l'infatuation envers Miranda a franchi l'écran au point, comme je l'ai dit, qu'on se demande parfois si tout le monde a regardé le film jusqu'au bout.
On va jusqu'à lui attribuer des répliques qui ne sont pas les siennes (par exemple, ce n'est pas elle qui a l'idée d'aller prendre des mesures sur le rocher, c'est la blonde à lunette, qui a le personnage le moins développé des trois disparues, ce qui explique qu'on l'oublie un peu).



(Elle s'appelle Marion)


Le deuxième c'est la lecture de la façon dont Peter Weir a travaillé, qui ne donne pas forcément une image de lui très sympathique.
Qu'il ait choisi ses actrices principalement pour leur physique, je pense que c'est malheureusement vrai de la totalité des réalisateurs depuis toujours (ce qui ne veut pas dire que c'est bien), les faire doubler en post-synchronisation, c'était une chose qui se faisait pas mal à une certaine époque, mais ne pas créditer les doubleuses et garder un secret obsessionnel sur la question, c'est un peu douteux, non ?



« Écoute ça, j'ouvre la bouche et c'est quelqu'un d'autre qui crie ! »


En tout cas parmi les textes que j'ai lu sur ce film, il y en a au moins un qui spécule sur le fait que la raison pour laquelle l'actrice qui joue Sara, Margaret Nelson, a arrêté le cinéma, est qu'elle en a été dégoutée par cette expérience.
C'est un peu difficile de déterminer la véracité de cette affirmation (vous pouvez voir qu'elle a tout de même quelques autres crédits TV), vu que contrairement aux autres acteurs (par exemple Dominic Guard, qui a joué dans Dr Who puis est devenu psychothérapeute), il n'y a littéralement aucune information tangible en ligne sur le destin de cette actrice passé 1980 (cf cette page de fan).





Une situation quasi-modianesque, dont j'espère de tout mon coeur que l'explication est tout simplement qu'elle souhaitait se retirer de l'oeil du public, qu'elle y a réussi, auquel cas il serait malséant de chercher à l'y remettre.

« There's one person nobody has been able to track down - Margaret Nelson, the girl who played the role of defiant orphan Sara. David Critchley has asked everywhere. Patricia Lovell doesn't know where she is. None of the cast or crew knows.Margaret is the enigma. »

Mais évidemment, cette situation est très suggestive vu le contenu du film qui assure encore sa célébrité. (Du moins dans la mesure, je l'ai dit, où il n'assure pas avant tout celle de l'actrice qui joue Miranda, qui n'a du reste pas eu une énorme carrière et s'est elle aussi reconvertie dans la psychothérapie, et est revenue faire des photos à Hanging Rock).

Suggestif de même, le suicide de Rachel Roberts, qui joue Mrs Appleyard, quelques années après le film.





Un dernier point qui me chiffonne c'est d'avoir lu sur Tv Tropes, l'affirmation que Peter Weir aurait nié que ce film avait un sous-texte lesbien.
Alors bon, je ne sais pas s'il a vraiment dit ça, en tout cas j'ai pas pu trouver de source, mais s'il a dit ça, il a vraiment, vraiment pas bien regardé son film.



« Lesbians ? In MY movie ??? » It's more likely than you think !


Une interview d'Anne Lambert, l'actrice qui joue Miranda : « Unless you've got great tits and good teeth, you're not going to get a good part ».

« a metaphor for nature overpowering temporal concepts of innocence »
« For us, as for them, the characters who disappeared remain always frozen in time, walking out of view, never to be seen again. » - Roger Ebert
« the Rock cannot be so conveniently tagged as a symbol of escape »
Une interprétation un peu libre de la relation entre Miranda et Sara.
Quelques photos du vrai hanging rock
Le site définitif sur ce film.
La critique vidéo d'Infamous Sphere, très intéressante.








Je rappelle que j'ai relancé un vote pour l'Ogma courant.

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