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Typhon Baal Hammon
12 janvier 2014 @ 03:51
La bonne année !

J'ai enfin répondu au sujet de Lays Farra, qui m'était échu suite à l'entrée précédente. Certes, j'ai pris du retard, mais voilà.






Conte



Il est dit que lors des Premier Temps, quand le monde n'était que froid et méchanceté, chaos et haine grise, Ogmios, dieu de l'éloquence, insuffla à son Élu un désir de poésie, de créativité.
Il est dit que l'Élu entendit en songe l'appel d'Ogmios et qu'au réveil lui apparurent, splendides et terribles, les règles de l'art nouveau dont, en vérité, il allait être le prophète. Alors, il alla prêcher le reste de la création.

Le macareux joueur était à ses côtés, ainsi que le rigolo blaireau. La Déesse Immortelle et Callipyge bénissait ses pas.

La Déesse sans nom, Haynée
Pas comme cette bêcheuse de Déesse sans nom


L'Élu s'assit et dit « Que Tétynons Ogma soit, que pendant une semaine, chacun contribue au Grand Oeuvre défini par l'un d'entre nous »
Et les compagnons protestèrent qu'une semaine ça faisait trop court.
Alors, l'Élu dit « Que pendant deux semaines, chacun contribue au Grand Oeuvre défini par l'un d'entre nous »
Et il ajouta « Qu'à l'issue de ces quinzaine nous élisions un nouveau guide ». Et pour ne pas que le peuple soit confus ou perdu, l'Élu grava les Tables de La Loi de Tétynons Ogma.


Moïse avec les tables de la loi
Vue d'artiste

Et chacun vit que cela était bon.

Ogma I engendra Ogma II
Ogma II engendra Ogma III
Ogma III engendra Ogma IV
Ogma IV engendra Ogma V
Ogma V engendra Ogma VI
Ogma VI engendra Ogma VII
Ogma VII engendra Ogma VIII
Ogma VIII engendra Ogma IX...

Etc...




Codex des Toucans



I



Les paroles de Wladzimirz Szyzzygzy, roi des Toucans du Mexique à Tenochtitlan

II



Vanité des Vanités, dit Wladzimirz, et plus si affinité !

III



Moi, le Macareux Royal, j'ai parcouru les sept mers et les sept terres, au gré des vents.
J'étais là au début des temps.

IV



Vois ces blogs abandonnés en rase campagne, j'ai connu chacun de leurs auteurs, je fus l'un d'eux, jadis, quand j'étais roi sur mon trône. Les Éons passés ont effacé la trace de ma gloire. Je suis Wladzimirz, roi des rois. Regardez mes travaux, vous, les puissants, et désespérez !

V



Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin, où s'ouvraient tout les coeurs, où tout les vins coulaient. Et c'est pour tromper ma lassitude que je créais ce concours d'éloquence.

VI


Lors, le Mal, jaloux de mon pouvoir créateur, me le ravit et le fit sien. Il en pervertit l'esprit et en remplaça le coeur par une mécanique infernale. Et tous se plièrent à son ignoble tyrannie.

VII


Et en quelques années, tout fut flétri. Vois, ceci est vanité et poursuite du vent.

Etc...




Papiers trouvés dans les effets du défunt Typhon B. Hammon



Ce n'est pas sans quelqu'appréhension que je me décide à écrire ces lignes. Moi qui me flattait jadis d'avoir atteint un degré de connaissance, de culture, bien supérieur à celui de mes contemporains, moi qui méprisait jadis leur manque de curiosité, j'envie désormais l'ignorance paisible, l'indifférence bienheureuse, leur cécité totale face à l'horreur indicible de notre réalité. Oui, je voudrais n'avoir jamais rien appris de ce que je sais actuellement, et c'est moins pour des idéaux vains quant à la vérité, auxquels je ne crois pourtant plus depuis longtemps, que pour tenter de me libérer de mes hantises continuelles, que je me décide à coucher sur le papier le récit de mon voyage d'étude à Martha's Graveyard.

Martha's Graveyard est une petite île à la forme curieusement découpée, battue par les vents au large du Cap Cod. Initialement peuplée par quelques indiens Wampanoag, l'île fût de bonne heure occupée par des colons néerlandais, puis anglais. Toutes les îles sont en quelque sorte des mondes miniatures, coupés du continent, et c'est pour cette raison que j'avais décidé d'entreprendre une étude quant à la variation entre l'anglais parlé sur le continent et celui des habitants de Martha's graveyard.

Le 2 avril, je partis du port de Boston, sans chargement excessif. Après une traversée quelque peu houleuse, nous arrivâmes en vue de Martha's Graveyard...


Le soleil était quasiment couché, et devant nous montait un épais brouillard. Soudain, sur la gauche, devant nous, une forme noire en émergea, comme la longue patte de quelque fauve préhistorique. Devant nous l'île grossissait au rythme de notre approche, ses falaises se découpant progressivement dans l'obscurité de plus plus accentuée.
C'est après avoir contourné une petite pointe que nous nous trouvâmes face au port, et la lueur falote du phare au bout de la jetée nous permit d'accoster sans encombre. Les maisons face à nous étaient à peine visible dans la nuit naissante, et la brume leur donnait un aspect fantômatique. Peu de fenêtre laissaient échapper l'éclat de chandelles, l'obscurité régnait dans les rues.

Soudain, j'entendis quelque chose tomber dans l'eau. Je me retournais vers là où étais venu le bruit, mais il faisait trop sombre pour que je visse quoi que ce soit. Je restais hébété à regarder l'horizon, un court instant, mais la malignité des reflets dans l'eau, qui semblaient me regarder en retour, me fit frissonner. Chassant ces préoccupations de mon esprit, je me dirigeai vers l'auberge. L'endroit était rustique, et visiblement j'étais le premier étranger à y réserver une chambre depuis longtemps. Quelques habitués taciturnes sirotaient de l'alcool dans une ambiance morose. Leur hostilité à mon égard me laissait perplexe, mais elle ne risquait pas de me faciliter la tâche.

En montant dans ma chambre, je demandais au patron de me réveiller le lendemain, afin de pouvoir commencer à travailler de bon heure.

— Au fait, vous-même, vous habitez l'île de depuis longtemps, demandai-je ?

— Si fait. M'famille a toujours vécu à Martha's Graveyard, dit-il.

Je perçus alors pour la première fois l'accent chuintant, monotone, assourdi, caractéristique de l'île.
Je me couchai sans plus de cérémonie.

Le lendemain matin, ma fenêtre me laissait entrevoir une grisaille froide et ouatée : le linceul de brume qui enserrait l'île n'avait pas disparu. Dans les rues silencieuses, je marchais. J'avais l'intention, pour me réveiller, d'aller jusqu'à l'extrémité ouest de la baie, le point le plus éloigné du continent.

Le vent était tombé pendant la nuit, il régnait un calme total, absolu. Je ne croisai personne dans les rues, et je restais solitaire durant tout mon trajet vers la pointe. Je supposais que les pêcheurs, qui formaient l'essentiel des habitants à l'année de Martha's Graveyard étaient partis le matin et pas encore rentrés. Le port, de fait, était presque vide.

Une fois arrivé au bout de la pointe, une forte odeur de varech fouetta mes narines, en provenance de la petite crique de l'autre côté. La mer descendait, laissant derrière elle des algues pourrissantes, et j'eût un haut-le-coeur. La crique était également complètement déserte. Pas un oiseau ne faisait entendre ses cris.
Je distinguai soudain un gros rocher noir et blanc, à l'autre bout de la crique, et décidait de prolonger ma promenade afin de l'examiner.

Il était couvert de dessins, d'inscriptions régulières qui formaient des dessins étranges, dont les formes inspiraient un étrange sentiment de méfiance, tout comme la noirceur ichoreuse de leurs lignes fines...
Il me semblait, vu la propreté de la pierre, que ces inscriptions n'avaient pu être réalisées que tout récemment, mais leur écriture m'était totalement inconnue.

Lorsque je me redressai, je m'aperçus que je n'étais plus seul. Un peu plus haut sur le chemin, un homme entre deux âges s'approchait lentement, dans un silence total qui expliquait que je ne l'aie pas entendu avant de me relever.

Je ne saurais dire pour quelle raison exactement, mais ce passant relativement anodin et guenilleux m'inspira une sorte de malaise... Il n'y avait aucun doute pour moi qu'il m'avait vu examiner la pierre blanche. Je n'osai pas repartir, mais son approche silencieuse ne faisait qu'augmenter. Il arriva à mon niveau, et je sentis son regard se poser sur moi. Il me toisa ainsi pendant un instant, sans doute, mais qui me parut durer une éternité. L'expression de son visage était totalement impénétrable. Il ne dit pas un mot, il n'émit pas un son. Puis il reprit son chemin et s'enfonça dans la végétation.

Je repartis vers la ville, bien décidé à recopier les inscription de la pierre, et à les envoyer aux spécialistes des langues anciennes de l'université de Miskatonic.

Cependant, une inquiétude sourde m'inspira que je ne devais pas être surpris à nouveau à côté de cette pierre. Je décidais d'agir cette nuit-même, à une heure où tout le monde serait couché.

Le reste de la journée, j'essayais tout de même de faire le travail que j'étais venu entreprendre sur le dialecte de l'île. M'entretenir avec les clients de l'auberge s'avéra difficile. La plupart d'entre eux venaient, buvaient repartaient.
Cependant, l'un d'entre eux voulut bien m'accorder un peu de son temps.

Il me raconta une légende que, disait-il, racontaient les indiens qui peuplaient l'île avant l'arrivée des européens.
Voici ma retranscription de ses propos, effectuée au fur et à mesure qu'il parlait. Les r étaient prononcés comme des vibrante apicales, les s plus ou moins palatalisés, les voyelles toutes traînantes, postérieures, brèves.

« Moi c'que j'en dis... J'vais plutôt t'raconter une histoire, mon gars, une légende d'ici, qu'me racontait le père, y a longtemps, il la t'nait d'ses ancêt' indien, qu'avaient t'jours vécu ici. Ça racontait qu'au premiers temps de l'île, les pêcheurs rev'naient les mains vides. Comme y zétaient su'l'point d'crever d'faim, y a un d'leur sorcier leur promit de toujours revenir filets pleins, à condition d'faire une offrande aux Dieux de la mer...
Pour une centaine de générations, l'île fut prospère. Mais l'île commença de dépérir lorsque les hommes blancs arrivèrent, ruinant les traditions
»

M'ayant ainsi proprement déprimé, le vieil homme repartit tranquillement. Je restais assis à ma table, et mes pensées revinrent vite vers la pierre blanche. Je résolvait de recopier son contenu discrètement. J'avais de quoi recopier les symboles rapidement dans ma musette, du plâtre pour faire des empreintes... Je me décidai à le faire dès cette nuit.


Le soir, je fis semblant de dormir, éveillé tout feux éteints dans ma chambre.
Vers deux heures du matin, je descendis en silence dans la rue.
Je marchais ainsi sous la lueur blafarde et irréelle de la pleine lune, progressant avec difficulté car le moindre bruit me faisait sursauter.

Arrivé à la pointe, je regardai sur la plage...

Trois hommes entouraient la pierre, agitant des torches. Ma terreur en cet instant fut aussi vive que passagère : je me dis que ce devaient être des contrebandiers.

Je décidai d'essayer de m'approcher discrètement pour surprendre leur conversations, lorsqu'un détail me pétrifia : sur la pierre, ils étaient en train de ligoter une toute jeune fille.

Et eux n'étaient pas des contrebandiers, mais des sacrificateurs.

Et elle m'avait vu ! Elle cria en se débattant et en m'appelant moi à l'aide. Je n'avais d'autre choix que de courir vers eux avant qu'ils ne courussent vers moi. Avec une rapidité dont je ne me serai pas cru capable, je sautais sur mes adversaires comme un beau diable, tant et si bien que la petite eut le temps de défaire ses liens et de fuir.

Cependant, les trois autres s'étaient relevés. Je crus ma fin arrivée.

— C'est quoi ce guignol ?
— Il n'est pas d'ici.
— Après ce qu'il a vu, on ne peut pas le laisser repartir
— Bah, ça n'aurait pas marché
— Mais enfin, que croyez-vous faire, messieurs, demandai-je enfin ?
— Mais si, ça aurait marché. On a tous essayé : du poisson, du gibier, des fruits, des statues... Ce qu'il veut c'est du sang de vierge !
— Tu n'en sais pas plus que moi.
— Mais si.

— Mais de quoi parlez vous ?
— Nous ne sommes mêmes pas sûr de son nom
— Le protecteur de l'ile
— tout est écrit sur la pierre, mais nous ne savons pas la lire.

— Et c'est au nom de cette superstition que vous iriez tuer cette pauvre enfant ?

— Non, jamais on tuerait au nom d'une simple superstition...

Alors qu'il achevait sa phrase, la terre trembla. Comme si un énorme animal venait de taper du pied. Un frisson me parcourut en entier.

— Il arrive. Comme à chaque pleine Lune !

L'horreur sans nom était juste derrière nous, et je n'osais pas la regarder en face. Mes compagnons de circonstance étaient livides. ils auraient fui à toutes jambes si la peur ne les avait pas cloués sur place.
Et c'est alors que je baissais la tête, que je remarquais que les symboles de la pierre me paraissaient soudain familiers. Cela était semblable à une écriture amérindienne, ainsi qu'à celle utilisée dans les manuscrits pnakotiques. Des bribes de version me revinrent en mémoire... Et je découvris quelle était la nature des offrandes.
Je me retournais pour faire face à Hogkthmhta, le chaos sans forme, la chèvre noire aux mille pis, et l'ignominie indicible de son corps non-euclidien faillit me faire perdre la raison.

Mais je réussit à lui donner ce qu'il voulait. J'avais dans mon esprit une histoire construite de façon à apaiser sa faim.
Et c'est pourquoi, avec les années, je me suis occupé de plus en plus d'écrire ce que mes collègues de Miskatonic appellent mes "idioties". Afin d'apaiser ce monstre qui n'a cessé de me hanter.

Et à l'heure où mes forces m'abandonnent et où Hogkthmhta se prépare à dévorer le restant de mon âme appauvrie, je me dois de livrer au monde le seul moyen de rassasier son infernale faim sans qu'il ne puisse prendre possession du monde. Les personnages des histoires qu'il dévore lui sont moins savoureux que des vrais, mais un auteur compétent suffit à le satisfaire, si l'histoire satisfait certaines propriétés, que j'ai dûment consignées au fil des ans. Je les lègue à la postérité humaine.


Adieu !

[Suivent les règles de Tétynons Ogma ]




Typhon