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30 juin 2008 @ 16:59
Un cas étonnant de rallongo-articlite aigüe....  
Avertissement :
Si vous en avez marre de ces querelles contre les parlojistes, attendez mon prochain post, qui sera bien plus intéressant.







Ces derniers jours, j’ai été voir le site de Messie piron. Je m’y suis livré à un exercice intéressant : J’ai pris un article au hasard je l’ai lu - putain qu’il est long - Je l’ai relu - re putain, il est encore long - et je l’ai commenté, ce qui m’a pris trois jours. Putain que c’était long. Tellement long que j'ai été obligé de scinder le message en deux parties. on ne pourra commenter que la deuxième.

 Mais utile car tous les esperanteux y puisent leurs argumentaires, presque mot pour mot. Préférant l’original à la copie, je me suis fendu d’un commentaire intégral :


Un cas étonnant de masochisme social

C’est le titre.

La névrose collective

Une société peut-elle être névrosée? Lorsque Fromm a prétendu que oui (Fromm, 1955), on ne s'est pas fait faute de le critiquer. Et pourtant, certains comportements collectifs sont si aberrants et si proches des comportements pathologiques individuels qu'on est naturellement amené à leur appliquer le même type de diagnostic.


Titre, sous titre, et introduction. Notez comme celui qui, plus bas, reproche aux détracteurs de l’espéranto d’utiliser le registre de la persuasion émotive plutôt que celui de la conviction rationnelle, utilise ici lui-même ce registre avec brio : « névrose », « masochisme », « aberrants », « pathologique », tout ceci n’est pas ce qu’on appellerait des vocables neutres et objectifs.


Imaginez la situation suivante...
Trois personnes établies l'une à Marseille, l'autre à Mulhouse, la troisième à Clermont-Ferrand ont à discuter d'une question confidentielle de la plus haute importance. Une de leurs secrétaires suggère une rencontre à Lyon, mais, à sa grande surprise, on ne tarde pas à la ridiculiser et à lui enjoindre de se taire. A l'encontre de tout bon sens, le Marseillais part pour Rome, le Mulhousien pour Moscou et le Clermontois pour Buenos Aires. La discussion se fait par téléphone, de leurs hôtels respectifs. La communication n'est pas excellente, elle coûte cher, elle aura représenté pour les protagonistes des frais considérables et une perte de temps qu'il aurait été facile d'éviter. Puisqu'il n'y avait aucune raison de choisir ces capitales plutôt qu'une ville française, et que leurs longs voyages, loin de procurer du plaisir, leur auront compliqué l'existence, n'est-on pas fondé à parler de comportement pathologique, surtout s'il s'avère que la solution consistant à se rencontrer dans une même localité relativement proche n'a jamais été envisagée ? Ce cas hypothétique paraît si invraisemblable que nul ne le croira possible. Tel est pourtant le comportement de la société du vingtième siècle dans le domaine de la communication linguistique.


Mauvaise analogie : pour que la transposition soit correcte, il faudrait que le premier apprenne l’allemand, le deuxième le néerlandais, et le troisième le danois. Si ils apprennent tout les trois l’anglais, ils sont dans la même ville, c’est-à-dire dans la même langue.

Voici trois experts, un Finlandais, un Tchèque et un Rwandais, qui ont participé à une recherche commune coordonnée par l'OMS. Quand ils se rencontrent pour confronter leurs résultats, il s'avère que le Finlandais a passé huit ans de scolarité, à raison de cinq heures par semaine, pour apprendre un anglais qu'il maîtrise mal. Le Tchèque a consacré un temps plus considérable encore à se battre avec l'allemand et le russe. Quant au Rwandais, il a dépensé une énergie fantastique à acquérir le français, avec toutes ces subtilités qui suscitent tant de questions sans réponse chez les élèves étrangers

Je trouve bizarre que le Tchèque ait du mal avec le russe, connaissant la proximité des deux langues. Passons.

(pourquoi dit-on vous dites mais pas vous prédites, constructif, mais pas destructif?)

On dit « vous prédites », c’est du passé simple et on dit aussi « destructif ». Mauvais exemples.

Lorsqu'ils se retrouvent au siège de l'OMS, leurs 1200 à 1500 heures de langue, auxquelles il faut ajouter tout le temps passé à domicile à faire les devoirs ou à mémoriser vocabulaires et règles de grammaire, se révèlent totalement inutiles. Pour que ces experts puissent communiquer, il faudra un technicien et six interprètes, dont la formation aura coûté elle aussi à la société un nombre démesuré d'heures d'enseignement.

Ou pas. N’oublions pas qu’il peuvent avoir payé de leur poche une formation quelconque.

Or, pour un investissement aussi impressionnant, les résultats sont plus que médiocres. Les partenaires sont loin de maîtriser parfaitement les langues qu'ils utilisent, ils parlent dans un micro et entendent une autre voix que celle de leur interlocuteur réel. La communication est d'une efficacité limitée, faute d'un niveau technique approprié au sein du personnel linguistique. Les rapports et protocoles de recherche ont dû être traduits à grands frais et renferment quelques contresens. A la pause café, aux repas, ou s'ils ont envie de faire quelques pas dehors, les experts ne peuvent rien se dire: leurs échanges se réduisent à des gestes et à des onomatopées.

Pour comble, cette façon de faire, très désagréable pour ceux qui la vivent directement, coûte une fortune aux contribuables du monde entier.


Pas tant que ça. N’oublions pas que ce qui nous coûte le plus cher, ce sont les frasques de nos dirigeants et que les frais de fonctionnement de l’ONU et de ses filiales sont négligeables.

Souffrance, frustration et rapports de force

Encore des vocables neutres et peu émotionnels...

Mais, direz-vous peut-être, cela n'a rien de pathologique; tout simplement, il n'y a pas d'autre solution. Erreur ! Rien n'empêche d' "aller à Lyon ".

C’est-à-dire d’apprendre une langue commune. N’importe quelle langue peut faire office de langue commune.

Nous le verrons dans un instant. Pour le moment, constatons que le comportement névrotique, qui implique généralement une dépense d'énergie gravement disproportionnée par rapport au résultat obtenu, entraîne en outre souffrances et frustrations, sans que l'intéressé imagine qu'il pourrait se les épargner. Sur ce plan-là aussi la société actuelle répond aux critères de la pathologie névrotique.

Une anecdote a suffi pour décrire « une société », et la « pathologie névrotique » dont elle souffrirait selon C. Piron. Notons les a priori : « dépense d’énergie gravement disproportionnée par rapport au résultat obtenu » sous entendant qu’il est d’une difficulté insurmontable d’apprendre une langue nationale, voila qui m’étonne de la part d’un « polyglotte ».

Dans le monde entier, les états investissent des millions pour que des millions d'enfants et de jeunes apprennent les langues. Sur les millions d'élèves contraints à ces apprentissages, certains en tirent du plaisir, mais très nombreux sont ceux qui se passeraient volontiers de cette gymnastique mentale.


Réaction de réac ;-) : Si il fallait laisser les élèves décider, il ne foutraient jamais rien
.

Plus ils essaient d'attraper la langue étrangère, plus elle se dérobe. Et que de découragements douloureux chez les professeurs ! Combien d'entre eux ne seraient-ils pas ravis de n'avoir dans leurs classes que des élèves motivés, ayant réellement envie d'apprendre l'idiome qu'ils enseignent.

Ils n’avaient qu’a être prof particuliers ! Sérieusement, qu'est ce que c'est que ces préjugés ? à croire qu'il n'est pas possible d'apprendre une langue étrangère !

Il est frustrant pour un jeune de ne pas trouver chez l'adulte la cohérence dont il aurait besoin. Or, pour rendre une phrase aussi simple que "les femmes pourraient", l'élève d'anglais ne peut pas dire the womans would can, c'est-à-dire utiliser la forme normale du pluriel et la forme normale du conditionnel.


La « forme normale du pluriel » ? Quelle « forme normale du pluriel » ? C’est ridicule. « Une forme de pluriel » parmi tant d’autres, ou plus précisément, la forme la plus courante. Même punition pour le conditionnel.

Il devra dire "the women could." Pourquoi ?

Parce que les langues ont une histoire et une évolution.

"Parce que c'est comme ça", répond le professeur, cachant et montrant tout à la fois que les rapports linguistiques sont des rapports de force.

Tout à fait d’accord, et c’est-ce qui me fait douter de l’avenir de l’espéranto. De combien de divisions dispose l’espéranto ?

L'élève n'ose même pas rétorquer: "Mais on se comprendrait tout aussi bien si on disait: "the womans would can".

Il aurait tort. « womans » à la rigueur, mais « would can », non, ce n’est pas compréhensible.

Oser dire cela, ce serait affirmer son droit à un système efficace

Je ne vois pas pourquoi se débarrasser de siècles d’histoire au profit d’une « logique » linguistique douteuse (j’en reparlerai), aurait pour conséquence un système plus efficace.

et donc renoncer à un arbitraire lié à une autorité d'autant plus puissante qu'elle se dérobe à la perception. Ce serait sortir de la névrose collective.

Du blabla psychologisant sans valeur.

Bien sûr, il ne s'agirait là que d'un premier mouvement. D'autres considérations interviendraient ensuite: la langue anglaise est belle, il faut la respecter, avoir des égards pour les peuples qui la parlent et qui ne souffrent déjà que trop de voir ce trésor culturel constamment écorché parce qu'on lui impose un rôle auquel il n'est pas adapté.

N’importe quelle langue peut être apprise par n’importe qui. N’importe quelle langue peut donc faire office de langue de communication mondiale.

On serait ainsi amené à l'étape suivante ("aller à Lyon") dont il sera question ci-dessous.
La névrose se défend
Mais la société n'est pas prête à un tel sursaut de santé mentale. La névrose est trop enracinée. Comme s'il était masochiste, l'enfant se plie. Et comme s'il était sadomasochiste, le professeur impose la contrainte arbitraire, souffrant de la lenteur des progrès de la classe.


Ça s’appelle l’apprentissage. De groupe. Et je passe sur la psychologie de bazar et les vocables risibles : « sadomasochiste » ???

Maître et élève peuvent être psychiquement très sains. La pathologie se situe à l'étage supérieur: dans le fonctionnement de la société.

C’est pratique, comme « la société » est un concept abstrait, il suffit de postuler qu’elle se comporte comme un de ses constituants de base et on peut en inférer n’importe quoi avec une bonne métaphore.

En fait, l'un et l'autre sont inconscients de la tragi-comédie à laquelle la névrose sociale les fait participer.

Bel effet de style, mais absence de fond. On dirait un mauvais roman à suspens.

Le professeur ne saurait expliciter les messages sous-jacents à son rôle. Par exemple, reconnaître que l'apprentissage de l'anglais n'a pas pour but, comme on le fait croire à l'enfant et à ses parents, de pouvoir communiquer avec le reste du monde.

Suite logique du paragraphe précédent : « vous croyez que A est vrai mais en fait pas du tout, ah ah ah !». Voila que le Glaude explique « les véritables causes de l’apprentissage de l’anglais ». Ça me rappelle quelque chose… « la vérité sur l’assassinat de Kennedy » ou « la vérité sur le 11 septembre ». Quel mauvais esprit de ma part !

Cela, c'est le contenu manifeste, dont l'inanité est démentie par l'épreuve du réel.

À force d’utiliser des grands mots, il s’emmêle les pinceau : Je suis d’accord pour dire que l’inanité de l’apprentissage de l’anglais et de ses raisons est démentie par l’épreuve des faits, mais il semble penser que les faits la prouvent, au contraire. Son utilisation d’une mauvaise double négation montre une méconnaissance du vocabulaire français de base époustouflante.

S'il était vrai que l'anglais résout les problèmes de communication inter-peuples, comment expliquer les innombrables cas où la communication ne passe pas ?

Les peuples sont des entités abstraites qui ne communiquent pas. Ce sont les représentants de ces peuples qui communiquent. Encore un effet de style inadéquat et un grand mot vide.
« comment expliquer les cas où la communication ne passe pas » ? Et bien, dans ces cas là, cela provient d’une méconnaissance de l’anglais.

Deux jeunes Suisses, Ello Erriquez et Emanuel Christen, travaillaient pour la Croix Rouge au Liban lorsqu'ils ont été pris comme otages. Ils sont restés ensemble durant tout leur emprisonnement, mais l'un était romand, l'autre germanophone. Libérés, ils ont raconté qu'une de leurs grandes souffrances avait été l'impossibilité de communiquer entre eux. Il a fallu qu'un gardien arabe leur procure un dictionnaire allemand-français pour qu'ils puissent progressivement arriver à se comprendre tant bien que mal.

Ça peut arriver à tout le monde. Parce qu’une part très importante --la majorité-- de la population mondiale est incapable de s’exprimer dans la lingua franca de fait --l’anglais. Et ne me dites pas que les choses seraient différentes avec l’espéranto.

La communication linguistique telle qu'elle est organisée dans le monde d'aujourd'hui aboutit à une somme fantastique de frustrations. Travailleurs migrants se débattant avec un formulaire... Directeur d'une petite entreprise dynamique handicapé par son anglais mal maîtrisé dans ses négociations avec un partenaire japonais ou brésilien... Etudiants et chercheurs découvrant que la publication-clé dont ils ont besoin a paru dans une langue incompréhensible... Touristes désireux d'échanger quelques propos sur la politique ou la cuisine locale et réduits à des sourires qui transmettent bien un message de sympathie, mais ne répondent pas au désir légitime de précision dans l'échange.

Et bien, quand on voyage, le multilinguisme est utile, et notamment la maîtrise de la langue de communication mondiale. Ou le fric qui permet de payer un interprète même si c’est moins confortable.

Si vous interrogez l'homme de la rue sur la communication linguistique dans le monde, il vous répondra: "Il n'y a pas de problème, avec l'anglais, on s'explique partout." Bien sûr, lui-même ne sait pas l'anglais, mais...

Idée reçue : Je dirais qu’il le baragouine, mais dire que l’ « homme de la rue » ne sait pas l’anglais est une exagération grossière.

Un mythe pernicieux s'est insinué dans les esprits. La réalité est tout autre et l'observation révèle des millions de cas où une communication souhaitable s'avère impossible.

Ça ne coûte rien de le dire. L’observation révèle aussi des cas encore plus nombreux où seul l’anglais peut servir de pont entre deux interlocuteurs.

Les affirmations sur l'anglais ne font que recouvrir pudiquement une béance profonde, lourde de souffrances, d'énervements et de frustrations dans plus de 90 % des cas où des personnes de langues différentes ont affaire les unes aux autres.

Piron voit, Piron sait. Il connaît tes souffrances et tes difficultés mieux que toi. Quelles « affirmations » ? D’où sortent ces 90 % ? Du chapeau du Glaude ?

Lorsqu'on laisse entendre aux parents et aux élèves que les leçons d'anglais leur ouvriront l'accès au monde,

Qui laisse entendre quoi ? De fait l’apprentissage d’une langue étrangère permet une ouverture sur le monde et d’autant plus que c’est la langue de communication mondiale.

on les trompe sur un autre point: la possibilité d'apprendre réellement la langue sans séjour linguistique à l'étranger.

Apprendre une langue c’est sérieux et ça ne se fait pas par-dessous la jambe. Il faut s’investir et y passer du temps. Les séjours linguistiques sont un grand plus.

Au niveau du bac, 1 % des élèves seulement peuvent s'exprimer convenablement dans la langue étrangère apprise au cours de leur scolarité (Roger, 1979). Le discours sur l'anglais à l'école que ministères, parents et jeunes se répètent à l'envi tient plus du rêve que de la réalité.

Je n’ai jamais plus entendu de discours hégémoniques et absolutistes sur l’anglais que dans la bouche des espérantistes qui les détruisaient avec véhémence juste après. C’est facile d’avoir raison quand on fait les questions et les réponses.

C'est le contenu manifeste d'une manoeuvre occultée, refoulée dans l'inconscient pour entretenir la soumission dans un système où la langue n'est pas faite pour l'homme, mais l'homme soumis à la langue.

Que de grands mots pour faire accroire, sans avoir l'air d'y toucher, que l’anglais est une force maléfique et néfaste et qu’il faut en écarter les petits enfants !

Le message caché est : "Ta logique, ta cohérence, ta créativité, ton bon sens n'ont aucune valeur dans le mode d'expression; ce qui compte, c'est la conformité au modèle, donc la soumission à l'autorité ". L'axe est vertical.

Il en va de même pour toutes les langues, y compris le desperanto. Et c’est une bonne chose ! Une langue ou il n’y aurait pas de règles serait inutilisable. Inexistante.

Certes, il en est de même dans le cas de la langue maternelle, mais la situation est ici bien différente.

En quoi , au juste ? Et en quoi l’espéranto changerait-il la donne ? C’est une langue étrangère comme un autre.

La langue est le dépositaire d'innombrables valeurs culturelles qui seraient défigurées si l'on cessait d'apprendre aux enfants à respecter les traditions.

Absolument d'accord, mais pourquoi diable ce qui est valable pour la langue maternelle ne le serait pas pour une langue étrangère ?

Et puis, l'enfant apprend la langue correcte parce qu'il y est exposé à longueur de journée, sa vie durant.

C’est faux , l’enfant apprend la langue correcte comme il apprend l’anglais : En classe. Vous croyez qu’ils enseignent quoi les profs de français ?

Il s'agit donc moins d'un effort que d'une assimilation inconsciente, fondée sur l'un des ressorts les plus puissants du psychisme humain: la tendance à imiter.

Tout à fait, le mécanisme d’acquisition de la langue est d’abord de ce type et c’est favorisé par la plasticité et la polyvalence des jeunes cerveaux. Cependant, on y ajoute ensuite un apprentissage formel.

Cela dit, il y aurait sans doute un grand intérêt psychologique à prendre conscience du modèle d'autorité qui préside à l'apprentissage du langage: quand l'enfant forme des mots selon sa logique ("on est allé chez le chaussurier", "on doivait faire attention "...), le message du milieu, fait de sourire au début, prend à partir d'un certain âge une tonalité contraignante: "On ne dit pas comme ça ", c'est-à-dire "Il faut que tu te conformes, même si la règle imposée n'a pas de justification rationnelle ".

Si, il existe une justification rationnelle voire plusieurs : poids de l’histoire et des usages, oubli d’un sens, abus de langage, etc. Si l’espéranto en est dénué et si je l’appelle une langue morte en disant qu’il n’évolue pas, c’est parce qu’il n’a jamais subi ce type de transformations. Et il ne les a jamais subi parce que personne ne parle le parloj, et qu’il a encore moins de locuteurs natif (sans parler de locuteurs non-bilingues).

Grammaire et vocabulaire corrects s'inscrivent dans le surmoi.

Blabla psychologisant sans valeur. encore.

Cette étape surmoïque est obligée si nous voulons que nos enfants possèdent leur langue maternelle, outil d'une importance capitale pour leur avenir. Mais quand il s'agit de communiquer entre étrangers, les conditions sont totalement différentes.

Non, les conditions sont les mêmes : la communication d’un être humain à un autre.

La soumission à l'arbitraire du plus fort ne devient-elle pas, chez les peuples qui s'y prêtent, un manque de dignité?

Il n’y a aucune soumission de la part de celui qui acquiert un savoir, que ce soit une langue ou autre chose. Les étudiants en mathématique ne sont pas soumis aux lauréats de la médaille Fields et peu d’entre eux s’intéresseront jamais aux travaux de ces derniers.

Y a-t-il une solution?

D'accord, direz-vous, mais que peut-on y faire? L'étude des faits -que la névrose évite soigneusement- montre qu'une solution existe. Elle consiste à passer du niveau du surmoi au niveau du moi, à remplacer l'axe vertical (relation d'autorité) par un axe horizontal (relation entre pairs) et à dire: "Adoptons une convention pour nous comprendre, une convention où les exceptions n'existent pas, ou s'exprimer ne revienne pas à se heurter constamment à des culs-de-sac, des sens interdits, des déviations obligatoires, une convention qui permette à l'affectivité de s'exprimer sans inhibition linguistique".


Ça ne veut rien dire. On ne peut pas se passer de règles et de conventions de communication. Et dès qu’il y a règle, il y a interdit et sens uniques.

Pendant des siècles, ce débat était purement théorique. Il ne l'est plus aujourd'hui. Les intéressés peuvent en effet orienter leurs efforts vers un même point de rencontre, et l'investissement en énergie nerveuse, en argent, en temps est alors à la fois raisonnable et relativement égal pour chacun. Cette solution s'appelle "espéranto ". De toutes les langues étrangères, c'est celle qui confère le maximum d'aisance, moyennant un minimum d'effort: à nombre d'heures hebdomadaires égal, un an d'espéranto assure un niveau de communication équivalant à huit ans d'anglais pour un Occidental, à dix ans d'anglais pour un Asiatique (il faut en moyenne 160 heures d'espéranto pour atteindre un niveau non encore atteint, dans le cas de l'anglais, au bout de 1200 heures; Frank, 1976, 1984).

Franchement, après avoir égrené les difficultés que chacun rencontre dans l’apprentissage d’une langue étrangère, il propose d’y remédier par l’apprentissage d’une… langue étrangère. Ça me rappelle un sketch de inconnus intitulé « la chasse à la galinette cendrée »…

Les statistiques qu’il donne sont faussées par le fait que le nombre de gens qui apprennent l’espéranto est trop faible par rapport au nombre de gens qui apprennent l’anglais, et ne peut pas être considéré comme représentatif.

Ce moyen de communication présente l'avantage de mettre tous les partenaires sur un pied d'égalité

Avec tout de même un sacré avantage pour les locuteurs de langues indo-européennes, un autre pour le locuteurs de langues flexionnelles et un petit pour les locuteurs de certaines langues agglutinantes.

et de leur permettre d'échanger sans intermédiaire (donc dans une parfaite confidentialité), aussi bien au café ou lors d'une promenade digestive que dans la salle de réunion, où ils cessent d'être à la merci d'une panne d'électricité.

L’anglais aussi permet de se passer d’intermédiaire. Ce passage vaut pour toutes les langues.

Psychologiquement, l'espéranto est la langue étrangère la moins frustrante à manier.


Ça ne coûte rien de le dire. Psychologiquement, l’anglais est le choix logique. Pourquoi parler de « névrose » dans ce dernier cas et pas dans l’autre ?

Tous ceux qui en ont l'expérience le confirment.

Si vous ne parlez pas le dit sabir, votre avis ne vaut rien. Tenez le vous pour dit, car vous n’en "avez pas l’expérience".

En effet, l'esprit humain est cohérent.

Ça peut vouloir dire tout et son contraire, ça.

L'enfant qui dit fleurier pour "fleuriste" et journalier pour "journaliste" a compris ce qu'avait de commun la série fermier; poissonnier; serrurier, et il crée une règle là où la plupart des langues baignent dans le désordre.

L’enfant n’a pas eu les cours d’étymologie nécessaires pour comprendre que le suffixe -ier signifie « qui emmagasine » (épicier ; encrier ; cendrier ) . Lors d’un apprentissage, on apprend souvent un élément comme une contrainte arbitraire et ensuite on en apprend la raison.

L'étranger qui dit la tombe du mur de Berlin (au lieu de "la chute"), vous disez au lieu de "vous dites", ne fait pas autre chose. L'espéranto suit ce mouvement naturel: tout élément y est absolument généralisable.

C’est faux. Voir cet exemple :

Le système de terminaison génère des problèmes: comment savoir quel verbe correspond à quel nom et vice versa ? Il y a ici une irrégularité lourde de conséquences, car <timo> et <naûzo> signifient respectivement "peur" et "dégoût", mais <timi> veut dire "avoir peur" alors que <naûzi> ne veut pas dire "avoir du dégoût" ou "être dégoûté", mais "dégoûter les autres", "leur inspirer le dégoût". C’est une erreur grave d’avoir oublié qu’à un nom ne correspondait pas un verbe, mais parfois plusieurs ou aucun. Le système de suffixes fait beau jeu de ces ambiguïté. De même, les adjectifs et les noms ont des correspondances variées, et très rarement bijectives.
On aboutit à partir de ça dans un système dans lequel certaine racine sont plutôt verbales avec des suffixes pour former des noms (<kombo> signifie l’acte de se peigner alors que le nom correspondant au verbe <kombi> "se peigner" serait plutôt peigne. Peigne donne <kombilo> et je doute qu’il existe un verbe <kombili>...). Résultat: certains affixes n’ont pas le même sens sur une racine verbale ou sur une racine nominale (-ad ; par exemple...). Or, comme toutes les racines sont censées pouvoir se dériver en nom et en verbe, cette difficulté n’est mentionnée nulle part, et il est donc d’autant plus difficile de la surmonter.


Lorsqu'on ne cherche pas ses mots, qu'on ne tracasse pas sa mémoire à la recherche d'une règle arbitraire,

Toutes les règles sont arbitraires et issues de conventions, en linguistique. C’est un domaine où la logique n’est pas absolue, mais relative.

Quel est le plus logique ? L’adjectif avant ou après le nom ? Le verbe au début, au milieu ou à la fin ? Les trois ? Les pré- ou les post- positions ? Les flexions de genre, de nombre et de cas ou l’utilisation arbitraire d’un ordre des mots stricts ?


toute la pensée se centre sur ce qu'on veut exprimer, pas sur des interdits ou obligations formels.

Comme pour toutes langues quand elles sont bien sues.

L'esprit libéré des contraintes de forme s'investit totalement dans le contenu : on peut dialoguer avec finesse, en profondeur. C'est pourquoi l'affectivité s'exprime en espéranto bien mieux que dans n'importe quelle autre langue étrangère,

Ben voyons, l’espéranto rend intelligent, permet de mieux s’exprimer… Dans la pub. Dans la vraie vie, une langue, ça s’apprend, et l’apprentissage en est toujours long et compliqué. L’espéranto ne supprime pas les contraintes de forme : il en introduit là pour en retirer ici.

comme le savent les rares personnes, dont l'auteur de ces lignes, qui ont eu l'occasion de pratiquer l'entretien psychothérapique dans cette langue.


Il doit bien se trouver un déçu de l’e-othérapie … Plus sérieusement, je ne vois pas le rapport, ni l’argument.

Le tabou...

L'espéranto est né parce qu'une petite fraction de la population du globe a pris confusément conscience de l'absurdité qu'il y a, pour s'entendre entre personnes de langues différentes, à se conformer à des décrets arbitraires qui n'apportent rien à la communication.


J’hallucine ! Je ne pensais pas devoir donner des cours de linguistique élémentaire : « les décrets arbitraires » n’apportent tellement « rien » à la communication qu’ils la créent. Imaginez un ordinateur qui émettrait au hasard des 1 et des 0. Vous croyez qu’on en tirerait quelque chose au niveau pratique ? Pour trouver une application, il faut définir, de façon « arbitraire » , un protocole d’entente et d’interprétation des 1 et des 0 par la machine. En les groupant, en l‘occurrence . En réalité, les groupes ne sont pas définis de façon arbitraire, mais par rapport aux puissances de 2.

De même les règles grammaticales ne sont pas déterminées par le hasard mais par l’histoire.

L'anglais dit: "il a aidé moi "(he has helped me), l'allemand: "il a à moi aidé"(er hat mir geholfen), le français: "il m'a aidé". Les trois formules sont également efficaces pour faire passer le message.

Tout à fait. Elles sont tout aussi « arbitraires », les unes que les autres, mais elles se valent.

Mais chaque langue impose sa structure propre. En espéranto, on peut dire aussi bien "li helpis min" ou "li min helpis" que "li helpis al mi" ou "li al mi helpis".

L’espéranto permet de se passer d’ordre régulier des phrases en utilisant un système de règles flexionnelles « arbitraires » qui n’est ni pire NI MEILLEUR que les autres systèmes.

Le critère n'est pas la conformité à un modèle, mais l'efficacité de la communication.

Qui se réduit pour Piron à la facilité d’apprentissage. Ça parait logique dans la mesure ou la communication est plus efficaces quand on parle de façon fluide et intelligible. Mais on peut inclure d’autres critères comme la rapidité de la transmission de l’information.


Il s'agit d'une convention entre pairs, dont le message sous-jacent est: "Je respecte trop les langues nationales pour proposer de les déformer. Mais je te respecte trop, toi, mon interlocuteur, pour t'imposer des exceptions, des règles compliquées, des incohérences, des structures obligatoires qui ne sont pas nécessaires pour que nous nous comprenions.

Et bien si. Sans structure, on obtient un brouillard de mot totalement absurde. Heureusement que l’espéranto ne ressemble pas à la description qu’en fait Piron, sans ça il serait impraticable.


Apprends les quelques éléments de base, et à partir de là utilise ta logique et ta créativité. Tu verras,

… Tu fera des fautes, parce que des conventions arbitraires inutiles existent en espéranto comme ailleurs.

ça marche très bien." Ce qui est vrai. Mais encore faut-il, pour s'en rendre compte, observer les faits.

En admettant l’utilité douteuse des flexions de l’adjectif, quel est l’utilité de la priorité de l’une sur l’autre ? Ça, c’est un fait.

Curieusement, la grande majorité des linguistes et des sociologues ne se sont pas intéressés à ce phénomène extraordinaire: une langue qui n'existait pas il y a un siècle et qui est aujourd'hui utilisée par quelques millions de personnes dans une centaine de pays du monde.

Plutôt quelque centaines de milliers dans un cinquantaine de pays.

Or, pour être recevable, un discours sur la communication internationale devrait partir de comparaisons faites sur le terrain: comment se présentent, en pratique, les échanges d'idées selon qu'on utilise l'anglais, l'interprétation simultanée, l'emploi de plusieurs langues sans traduction, l'espéranto ou tout autre système, y compris la communication par gestes et le baragouinage d'une sorte d'anglais primitif qui sont le lot de nombreux voyageurs.
Si cette comparaison n'est jamais faite avant une prise de décision sur la politique linguistique ou l'enseignement des langues, c'est que "Babel" est une névrose qui se défend bien.


Si cette comparaison n’est jamais faite, c’est parce qu’elle n’a pas de sens : on ne peut pas comparer un petit nombre de polyglottes motivés et curieux qui forment l’audience de l’e-o au grand nombre de gens qui apprennent l’anglais parce que c’est la langue de communication mondiale et qui apprendraient le malayalam si il prenait la place de l’anglais.

Le problème de la communication linguistique est, en fait, tabou.

Non, il n’a rien de fondamentalement problématique.

Comme le conclut fort justement Justin B. Rye:
"il y a deux choix possibles pour une langue internationale: Un choix pragmatique, celui de la langue que tout le monde parle , malgré ses défauts. Un choix idéaliste, celui de la langue la plus facile, techniquement. Choisir un langage qui ne remplisse aucune des ces deux conditions est doublement une mauvaise solution"...



La société se débrouille avec un talent remarquable pour éviter de regarder en face comment les hommes communiquent d'un peuple à l'autre, quels sont leurs besoins et leurs aspirations profondes à cet égard. Regarder en face, cela voudrait dire remplacer les mythes par l'observation, apprécier le coût social et le coût humain de la pratique actuelle, et comparer les divers systèmes appliqués, dont l'espéranto.


Sauf qu’une telle comparaison n’est pas possible. Cf plus haut.

Une névrose qui se défend est égocentrique: l'angoisse, l'obsession ou les raisonnements enracinés dans les facteurs névrotiques ne laissent guère de place à la considération pour autrui.

Psychanalyse de bazar, effet de manche et métaphore oiseuse.

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que, dans le domaine qui nous occupe, la société agisse au mépris de l'éthique la plus élémentaire.

Non, il n’y a aucun problème d’éthique. Voila un grand mot. Encore le recours à la persuasion émotionnelle plutôt qu’a la conviction rationnelle.

Par exemple, lorsque l'Assemblée de l'OMS a décidé, sans étude sérieuse, de conférer à l'arabe et au chinois le statut de langues de travail, elle a accepté d'engager à cet effet un crédit initial de cinq millions de dollars par an (OMS, 1975a). Cinq millions de dollars par an, pour commencer, sont accordés aux services linguistiques, mais on refuse, faute de fonds, des demandes de crédits très modestes, comme les suivantes:

Bangladesh - formation d'assistants médicaux, 148.200 dollars;
Malaisie - réadaptation des handicapés physiques, 130.500 dollars
Birmanie - lutte contre la lèpre, 83.000 dollars ;
République dominicaine - mesures d'assainissement de base, 26.000 dollars (OMS, 1975b).
A la même assemblée, Sir John Wilson, président de l'Organisation mondiale contre la cécité, a prononcé un plaidoyer émouvant en faveur des millions d'enfants condamnés à devenir aveugles si on ne traite pas leur maladie, alors que les remèdes existent et sont peu coûteux. Le plus grand responsable de la cécité chez les enfants, a-t-il dit, est la xérophtalmie; or, protéger contre cette affection ne coûte que 12 cents par enfant et par an (OMS, Communiqué de presse WHA/7 du 20 mai 1975). Pour émouvante que cette intervention ait pu être, elle n'a pas touché les coeurs. Les représentants des États sont restés impassibles. Pour cela, ils n'avaient pas d'argent... Personne ne s'est étonné qu'on puisse débloquer en quelques minutes cinq millions de dollars pour tout traduire dans deux langues de plus mais qu'on ne dispose plus d'argent pour empêcher des milliers d'enfants de devenir aveugles. Que l'octroi d'une jolie rallonge aux services linguistiques doive avoir pour effet de priver diverses populations du niveau de santé auquel elles auraient accès sans cela, aucun délégué -et aucun journaliste- n'y a pensé, de même que personne n'a exigé une étude efficacité/coût pour déterminer si l'alourdissement des services linguistiques avait une quelconque justification. Toutes les organisations internationales sont coupables de la même aberration dans leurs priorités : elles n'arrivent pas à voir que les montants qu'elles engloutissent dans un système aberrant de communication linguistique pourraient servir à des activités concrètes pour lesquelles l'argent fait cruellement défaut.


Et voila, le pathos, le pathos et encore le pathos. Je me demande si il réalisait que cet « argument » ridicule pouvait aussi servir à un partisan du tout anglais.


La névrose "Babel ", telle la mafia, dévie à ses propres fins d'innombrables forces vives, sûre de l'impunité : elle sait que le tabou général préviendra tout risque de tollé.


Non, ce passage ne décrit pas une théorie du complot. Mais l’ambiguïté est suffisante pour un lecteur inattentif.

En 1922, après une étude approfondie remarquablement objective, une conférence internationale réunie par la Société des Nations recommandait à tous les Etats d'inscrire un cours d'espéranto dans leurs programmes d'enseignement (Société des Nations, 1922, p. 44).

« la SDN ? Une belle enfant ! Dommage qu’elle ne soit pas viable ! »

Comme une année scolaire suffit pour acquérir cette langue,


Non. Il n’y a rien pour étayer cette affirmation. Comme c’est impossible, elle n’est pas recevable.

les élèves auraient pu, par la suite, étudier telles ou telles autres langues qui les intéressaient,

C’est déjà le cas.

moins pour se doter d'un moyen de communication que pour s'enrichir culturellement en découvrant un univers mental différent du leur.

L’enrichissement culturel est impossible avec l’espéranto. Son apprentissage obligatoire serait une fumisterie.

Hélas, les grandes puissances, surtout la France, qui craignait pour la position internationale du français, ont manoeuvré pour que cette recommandation ne soit pas suivie d'effets.

Encore des sous-entendus suggérant une théorie du complot ? C’est une maladie !

Et pourtant ! Si on l'avait appliquée, les frustrations précitées n'existeraient pas : Ello Erriquez et Emanuel Christen auraient pu communiquer avec la même aisance que dans leurs langues maternelles respectives, les touristes dialogueraient avec les populations locales, les chefs d'entreprise bons en affaires, mais peu doués en langues, s'expliqueraient en toute aisance avec leurs partenaires étrangers, le monde des publications serait transformé, la question de l'arabe et du chinois ne se serait pas posée à l'OMS et les pays ayant besoin d'aide auraient reçu les crédits demandés, les idées se transmettraient avec facilité d'un univers culturel à l'autre et les sommes que contribuables et consommateurs consacrent à leur insu à la multiplicité linguistique s'investiraient dans des activités concrètes, bref, les avantages seraient innombrables pour tous, sans compter que les cultures de bien des pays cesseraient d'être menacées par l'énorme pression des productions anglo-saxonnes.

Tout irait bien sans ces vils anglo-saxons qui entravent la marche du progrès ! Franchement, prétendre que les difficultés de l’anglais seraient éliminées par l’espéranto, c’est illusoire. Les difficultés de l’anglais seraient remplacées par celles de l’espéranto, qui ne sont pas négligeables, contrairement à ce que croit Piron.

Mais la solution "espéranto "est tabou. Elle n'est pratiquement jamais prise au sérieux, ni dans les organisations internationales, ni dans les ministères de l'éducation ou de la culture, ni dans les médias, ni même, au niveau de l'homme de la rue, dans les conversations de bistrot. Jamais le rejet n'intervient après étude. On refuse tout simplement de l'envisager ou, au mépris de l'honnêteté intellectuelle, on en parle, sans la connaître, avec dérision (nombreux exemples dans Piron, 1987a). C'est ce refus a priori qui met la puce à l'oreille du psychanalyste. D'où vient que la question soit si souvent liquidée avant même d'avoir été possédée?

Si on tourne l’idée en dérision, c’est parce quand on l’examine avec sérieux, on s’aperçoit que son utilité théorique est douteuse et que son application pratique tient du phantasme.


La résistance à l'espéranto, et à l'idée même de langue conventionnelle inter-peuples, semble procéder d'une angoisse profonde liée à l'âge tendre auquel on apprend à parler.

Psychanalyse de bazar faisant fi des arguments rationnels soulevés avec justesse par les détracteurs du parloj.


Mais avant de faire des hypothèses étiologiques, il importe de décrire les réactions les plus courantes et de mettre en évidence les mécanismes de défense qui y sont à l'oeuvre. Les considérations qu'on va lire résultent d'une recherche effectuée, d'une part, par l'étude des documents

Lesquels ? Grand Dieu, lesquels ?

et, d'autre part, par la méthode de l'entretien clinique appliquée à un échantillon de 200 personnes (échantillon statistiquement biaisé, puisqu'il comprenait 152 francophones, et seulement 37 travailleurs manuels). Seuls seront considérés ci-après les résultats obtenus chez les adultes; les enfants et adolescents ont, dans une proportion considérable, un point de vue opposé à celui de leurs aînés. Les résultats obtenus par l'entretien clinique convergent, sur la plupart des points, dans 80 % des cas. Ils offrent donc une base fiable à l'analyse de cette forme de névrose sociale qu'on pourrait appeler "Babel ".

Analyse sans valeur. Ce paragraphe laisse supposer que les « résultats » qui seront obtenus seront fabriqués de toute pièce en déformant des propos et n’entendant que ce qui va dans le sens de la thèse. Piron ne verra que ce qu’il veut voir.


Les réactions psychologiques à l'espéranto

I. Ignorance ignorée

Le psychologue qui étudie les réactions au mot "espéranto "est frappé par deux faits:
1) bon nombre de sujets invités à s'exprimer sur ce thème parlent d'abondance;

Personne ne parle espéranto.


2) ils tiennent pour évidents, et, souvent, citent spontanément divers points contraires à la réalité vérifiable, par exemple: "personne n'a jamais écrit de roman directement en espéranto", "c'est une langue que personne ne parle", "il n'existe pas d'enfants dont ce serait la langue maternelle", etc.

En dehors du premier point, ces affirmations sont vraies : Le nombre de locuteurs de l’espéranto est négligeable à l’échelle mondiale, ce qui signifie que l’on peut considérer la poignée d’espérantistes comme nulle, un ensemble vide, zéro. Le sous-ensemble des locuteurs natif est négligeable au regard de la quantité négligeable citée plus haut, c’est dire !

Un bon exemple de ces convictions se trouve dans une lettre de lecteur au magazine américain Time:

"L'espéranto est dépourvu d'histoire culturelle, de littérature propre, de locuteurs dont ce serait la première langue." (Wells, 1987).


Tout ça c’est vrai.


En fait, de très nombreux romans ont été écrits en espéranto

Combien ? De très nombreux romans, ça doit être de l’ordre de quelque centaines . Une seconde de parution en Anglais…
Ce n‘est certainement pas ça qui va le doter d‘une histoire culturelle.


(Janton, 1989, ch. V : "La littérature "; Encyclopédie Clarté, 1976); l'espéranto est parlé quotidiennement dans des contextes très divers (Piron, 1987a, pp. 2-3)

Lesquels ? Et l’autoréférence n’a pas de valeur.

et il existe un certain nombre d'enfants dont c'est la langue maternelle, généralement issus de parents d'origines différentes qui n'ont pas d'autre langue commune et qui se sont connus à l'occasion de rencontres d'espérantophones (le lecteur sceptique qui tient à vérifier les faits pourra, en s'adressant à l'auteur, obtenir des adresses de couples dans ce cas: couples polonais-italien, danois-néerlandais, danois-allemand, néozélandais-hongrois, néerlandais-japonais, etc.)

Un certain nombre, ça doit faire moins de locuteurs natifs que de livres.

Par ailleurs, une bonne partie des personnes sondées présentent tous les signes d'une implication affective. C'est parfois l'enthousiasme, l'excitation.

« l’homme est un être d’émotion et non de raison ».

Bien plus fréquemment, c'est la condescendance. La personne interrogée "démontre" que l'espéranto n'a rien de sérieux et son ton est méprisant, ironique ou humoristiquement supérieur à l'égard des "naïfs "qui s'en occupent.

Remarquez les guillemets autour de « démontre ». Comme si la démonstration argumentée et rationnelle que l’espéranto ne peut pas atteindre ses objectifs était inconcevable.

Lorsque, pour disposer d'un comportement-référence, le chercheur propose à son interlocuteur de s'exprimer de la même manière sur le bulgare ou l'indonésien, il enregistre une réaction toute différente. En une minute, le sujet a expliqué sur un ton parfaitement neutre tout ce qu'il pouvait en dire, à savoir, en règle générale.. qu'il n'y connaît rien.


Sauf que sur l’espéranto, on a plus de chance d’obtenir cette réponse que celles mentionnées plus haut.

Le contraste est étonnant. Il devient plus remarquable encore lorsqu'on teste les connaissances par des questions précises: littérature, extension géographique, richesse d'expression, etc. Il apparaît alors que l'information de la personne au sujet de l'espéranto est presque totalement erronée,

Plutôt inexistante.

bien plus que les quelques bribes de savoir qu'elle possède sur les langues-témoins. Elle ignore tout de la question, mais elle ignore qu'elle l'ignore. Comment se fait-il qu'elle soit consciente de son incompétence dans un cas, mais non dans l'autre?

Non, elle sait qu’elle ignore et prétendre l’inverse est faire preuve d’un grossier préjugé.

En sondant plus avant, on obtient un début de réponse: des langues comme le bulgare et l'indonésien sont perçues comme relevant du domaine des faits, alors que l'espéranto est ressenti comme une proposition

Le bulgare est une langue dotée d’une vraie histoire, d’un culture. L’indonésien est une langue de communication de grande ampleur, une lingua Franca à son échelle. L’espéranto n’a rien de tout ça.

. Devant un fait, on s'incline. Face à un projet, on se sent appelé à répondre oui ou non, puis à défendre sa position. Mais pourquoi l'espéranto n'est-il pas perçu comme se situant sur le plan des faits ?

Parce qu’il n’a rien accompli ?


Et pourquoi la réaction est-elle si fortement affective ? Cette attitude n'est pas limitée aux entretiens individuels, témoin le passage suivant, tiré d'un article sur la pédagogie du latin, au ton par ailleurs neutre et informatif:
"Gloire donc au latin, et à bas l'espéranto, mixture aux relents d'artifice et aux espérances déçues" (G.P., 1985).
Cette phrase, sans rapport avec l'ensemble, donne l'impression d'une bouffée émotionnelle surgie comme une bulle d'on ne sait quelles profondeurs inconscientes. Pourquoi?

C’est que pour promouvoir quelque chose, il est utile de rabaisser quelque chose d’autre et d’en faire un repoussoir. C’est presque un réflexe. Témoin, l’acharnement de Masson et de sa clique contre l’anglais, accusé de tous les maux, même les plus improbables.

II. Mécanismes de défense

Le discours sur l'espéranto ou sur le domaine plus vaste de la communication linguistique internationale, tel qu'on l'obtient facilement en demandant à un interlocuteur de s'exprimer librement à ce sujet ou tel qu'il se présente dans les assemblées saisies de la question, se révèle à l'analyse caractérisé par la mise en place des mécanismes de défense classiques : le sujet organise inconsciemment des tactiques destinées à lui éviter de faire face à une réalité pressentie comme menaçante. En voici quelques exemples:

a) Déni.

L'espéranto est considéré comme inexistant dans des contextes où il serait logique de le prendre en considération.


Au nom de quoi ? La logique du Glaude n’est peut-être pas celle des encyclopédistes.

C'est ainsi que le volume Le Langage de l'Encyclopédie de la Pléiade (Martinet, 1968), qui, en 1525 pages, traite aussi bien des sabirs et argots que de la traduction et de l'aphasie, ne contient aucune description, ne fût-ce que d'un paragraphe, de ce phénomène étonnant: une langue connue d'une seule personne il y a un siècle, mais aujourd'hui utilisée dans le monde entier par une diaspora. De même l'expérience dont on dispose sur l'espéranto en tant que langue de conférence est considérable: depuis 1985, il n'y a pas eu un seul jour sans qu'il n'y ait quelque part dans le monde un congrès, une rencontre, une réunion internationale dont c'était la langue de travail. Lorsque l'ONU, par exemple, étudie en détail les problèmes de communication linguistique, il serait cohérent de tenir compte de cette expérience, quitte à l'écarter, après examen, pour des raisons explicites. Mais ce n'est pas le cas (King et al., 1977; Allen et al., 1980; Piron, 1980).

Parce que c’est par trop incongru. Quel est l’intérêt de ramener sans cesse le même sujet, alors qu’on n’a pas besoin de l’écarter plus d’une fois ?

Même un linguiste envisageant précisément le type de communication quotidiennement réalisé par l'espéranto aborde la question comme si l'expérience n'avait jamais été faite:

Du moment que les économistes s'emploient à mettre au point une monnaie commune à I 'Europe, pourquoi n'essaierions-nous pas de créer une "Eurolangue"? (Lord, 1974, p.40).
La première réaction d'un industriel face à un problème de production consiste à faire le tour de toutes les solutions appliquées ailleurs pour déterminer, avant de chercher une formule nouvelle, s'il n'en existerait pas une qui donne satisfaction. Cette démarche si naturelle dans la vie courante n'est pratiquement jamais adoptée dans le cas de la communication linguistique internationale. Le sujet est tabou. Il y a déni de la réalité.

Non, il y a prise en compte de facteurs que le Glaude néglige.

[à suivre]

http://www.livejournal.com/editjournal.bml?journal=baal_ammon&itemid=529
t0

Typhon
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Température: like murder...
Chant de glace: Acid bath (voir mon prochain post)