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29 février 2012 @ 18:36
Alphaville  
Je n'avais jamais vu, de mes yeux, un film de Jean-Luc Godard et je ne le connaissais que par ouï-dire. J'ai réparé ce manque à ma culture en regardant aujourd'hui Alphaville.

Alphaville commence par un monologue cancéreux qui nous explique que la réalité est trop complexe, et ensuite nous présente le personnage d'Ivan Johnson, supposément un journaliste au Figaro-Pravda, en réalité un espion (ce que la musique dramatique rend tellement évident que ce ne serait pas plus grotesque qu'il y ait des pancartes disant « Attention, ceci est un espion ! »), Lemmy Caution.
Je vous le révèle comme ça, au détour d'une phrase, sans même un égard pour ceux d'entre vous qui n'ont pas vu le film. Je suis un gros chacal sans âme qui ne soucie pas de vous ménager le suspens, parce que ce n'est pas comme si on nous le disait dès le début.


Le générique de début du film


Mince alors, en fait, si.

Lemmy Caution est un homme dur. Il ne donne pas de pourboire aux grooms, il refuse de les laisser porter sa valise, il descend les gens qu'il trouve dans sa suite à l'hôtel, et il n'a pas besoin d'une séductrice de niveau 3 pour assouvir ses pulsions.

Le film accumule rapidement les clichés les plus débiles sur ce que serait une société régie par des scientifiques et des ingénieurs, de façon logique, que ce soit la consommation quotidienne de tranquillisants, la destruction du vocabulaire selon l'interprétation la plus stupide et réductrice de l'hypothèse dite de Sapir-Whorf et bien sûr, la disparition des artistes, parce que n'est-ce pas, les ingénieurs sont des vilains pas beaux qui veulent la peau des artistes.

Ça reflète parfaitement la réalité :
Tandis que les ingénieurs conçoivent sans cesse des technologies nouvelles telles que des caméras plus puissantes et précises qui donnent une image plus jolie, des logiciels de montages qui sont nettement plus efficaces que les ciseaux, et des ordinateurs plus puissant pour donner vie à des images de synthèses plus réalistes, les cinéastes, eux réalisent sans cesse des films où la science, la technique et la logique sont du côté du mal et où l'amour et la foi suffisent aux héros pour triompher des méchants.
On voit bien là la vilenie des ingénieurs et l'oppression terrible qu'ils font subir aux artistes.

J'ai sous la main une bonne, quoique longue critique des dystopies de ce genre (en anglais) :
Première partie
Deuxième partie

Les raisons véritables de la présence de Lemmy à Alphaville restent floues pendant un bon tiers du film. Au début, il semble qu'il soit là pour s'enquérir de ce qui est arrivé à Henry Dickson, à la mort duquel il assiste, puis il cherche à comprendre le scénario, qui s'effiloche à vue d’œil. Alphaville est gérée par un gros ordinateur dont le petit nom est α 60, dont l'essentiel du travail est de débiter des âneries pseudo-philosophique.
On apprend au bout d'un moment qu'on a exilé le professeur Leonard Von Braun (alias Nosferatu, je ne blague pas) hors de 'Nueva York' en 1964 (le film se déroule donc vers 1994, étant donné la référence de Von Braun à un passé distant de 30 ans).


Lemmy Kimilster


Remarquez au passage cette incroyable inventivité d'un génie du cinéma, qui consiste à prendre des noms existants et à leur faire subir une petite modification, ainsi qu'à suggérer des bouleversements géopolitiques sans jamais les expliciter quoi que ce soit. C'est tellement facile que n'importe qui peut le faire, ce genre de choses.

C'est d'autant plus pathétique qu'Alphaville ressemble trait pour trait à une ville française des années 60.

Bref, il s'agit là d'un banal et prétentieux nanar des années 1960, desservi par l'absence totale d'implication émotionnelle des acteurs, qui liraient l'annuaire avec plus d'entrain et qui ont tous l'air de s'emmerder copieusement.

Mais bon, les américains aiment bien Godard.

PS [ 2/3/2012 ] : Après avoir lu un peu sur internet, je constate que l'opinion qui prévaut sur IMDB, c'est qu'Alphaville est une parodie. Je ne doute pas que, dans son utilisation de clichés surannés, Godard ait été, au moins partiellement, conscient de ce qu'il faisait. Mais ça ne change absolument rien à mon opinion quant à ce pathétique navet, qui est totalement vide : visuellement sans intérêt (contrairement à THX 1138 qui ne brillait pas non plus par l'originalité de son scénario), auditivement incolore, et jamais drôle, ce qui fait tâche si c'est bien une parodie.
Il y a une différence entre utiliser consciemment des stéréotypes et les parodier. La conscience de quelque chose n'en change pas la nature.
Par exemple, si je vais aux toilettes et que je fais caca, le fais que j'en sois parfaitement conscient ne rend pas ma merde plus intéressante ou digne d'attention.
Par contre, si ma merde se mettait à chanter et danser, là ce serait intéressant.

PS2 [ 3 / 3 2012 ] : À me relire, je pense que je n'ai pas été assez clair. On pourrait croire que je suis un de ces abrutis qui mesurent la qualité d'un film au nombre d'explosions qu'il contient. Que les choses soient claires : quand je me plains que ce film ne contient rien d'intéressant visuellement ou auditivement, ce n'est pas que je n'en ai pas saisi les visées intellectuelles. La première chose que j'appréhende dans un film, c'est son scénario, j'ai été presque sourd et aveugle au reste pendant des années et c'était un tort. Le problème, c'est que ce film est vide également de ce point de vue. Il n'a rien à dire, il ne fait que ressasser des clichés, et ce n'est pas en plaquant artificiellement des citations, délivrées de façon sentencieuse, sur du vide, qu'on fait œuvre intellectuelle ou créatrice.

PS3 [ 4 / 3 / 2012 ] : Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit, il y a deux choses que j'ai aimées dans ce film : premièrement son titre. Le mot "Alphaville" est joli, et mérite une meilleure utilisation. Deuxièmement, la contenance de Lemmy Caution au début, qui ne doit pas grand'chose à Godard (puisqu'il a repris ce personnage préexistant au film).








Typhon
 
 
( 3 milliards d'euros volés par l'État aux épargnants — Commenter )
(anonyme) on le 29 février 2012 20:55 (UTC)
Merci. Ca M'évitera d'avoir à le voir.

Le Créateur Fou, et l'Odieux ne fait pas les vieux films.
(anonyme) on le 07 mars 2012 20:36 (UTC)
Sinon, Alphaville est un bon petit groupe de new wave.

W.
Typhon Baal Hammonbaal_ammon on le 07 mars 2012 20:41 (UTC)
Merci, mais...
Tu as remarqué qu'il y avait une vidéo intégrée au post ?

Typhon
( 3 milliards d'euros volés par l'État aux épargnants — Commenter )