J'ai lu cette semaine la trilogie des Robots :
The Caves of Steel,
The Naked Sun et
Robots of Dawn (alias 'Les Cavernes d'Acier', 'Face au feux du Soleil', et 'Les Robots de l'Aube'), de Isaac Asimov. Je dois dire un truc, je n'ai pas été déçu, dans la mesure où je ne m'attendais à rien.
Les nouvelles d'Asimov sur les robots ou la Fondation sont de petits bijoux d'ingéniosité, dont le secret réside dans la simplicité des concepts employés. Les personnages n'ont jamais besoin d'être très développés dans une nouvelle, donc ça ne pose jamais tellement de problèmes que Mike Donovan soit toujours un adolescent attardé chevelu et irascible, que Susan Calvin soit une névrosée profonde et misanthrope, et à la limite, que Hari Seldon soit un vieux magicien omniscient, c'est fait exprès, d'un point de vue aussi bien extra qu'intra-diégétique.
En revanche, dans les romans, ce procédé d'écriture qui donnait aux nouvelles une part de leur impact dessert le roman. Au bout de trois bouquins en compagnie d'Elijah Baley et de son
pote robot, on se demande lequel des deux a le moins de personnalité. Le seul trait de personnalité de Baley qui ne soit pas rattachable à celui de l'archétype du vieux flic bougon sur le retour, c'est son agoraphobie, qu'il partage avec l'ensemble de la population planétaire, étant donné que selon Asimov, tout les êtres humains, sous l'égide d'un gouvernement mondial, s'entasseront les uns sur les autres dans le futur, au point de renoncer quasiment à toute intimité et de ne jamais foutre les pieds dehors, tout ça pour faire face à la surpopulation (8 milliards d'habitants, selon lui, c'est à peine supportable pour la planète. On est déjà plus de 7 milliards, et aucun signe de vouloir s'enterrer sous des domes).
Quant au robot Daneel Olivaw, quand on est le maître d'oeuvre d'un complot pendant 20 000 ans, c'est un peu la lose de paraître moins intelligent que les robots théoriquement beaucoup plus primitifs qui peuplent le 21ème siècle (Mon préféré, c'est QT-1, celui qui lance une nouvelle religion).
***
Le plan de chaque roman est relativement simple : Machin meurt assassiné, Baley interviewe les suspects, découvre le coupable, et finalement, le coupable n'est pas puni. Le tout entrecoupé de scènes anecdotiques, souvent en rapport avec des dadas d'Asimov, à savoir :
Le futur de l'humanité et son expansion spatiale, notamment grâce aux robots positroniques, la mathématisation de la sociologie, et, ) partir de ses romans tardifs (dans les années 1980) la liberté sexuelle, les robots, le sexe avec les robots, les robots humanoïdes, et le sexe avec les robots humanoïdes dans le cadre de la mathématisation de la sociologie.
Sans être une lecture totalement inintéressante, ces romans n'atteignent pas, à mon avis, le niveau des nouvelles d'Asimov.
En particulier, les romans publiés après 1980 tirent largement à la ligne, de même que
Fondation foudroyée (présenté à tort comme le quatrième roman de Fondation alors que c'est le premier, puisque les autres sont des recueils de nouvelles), et sa suite
Terre et Fondation, font la part trop belle à des éléments moyennement intéressants (c'était vraiment nécessaire de supprimer tout le mystère de la seconde fondation et d'en faire une n-ième assemblée minée par des petites querelles de pouvoir mesquines ? Rendez nous Preem Palver !), voire complètement ridicule (Gaïa).
***
Un truc que je fais souvent en lisant du Asimov, c'est diviser les dates par dix.
Les humains de Fondation sont beaucoup trop proches de nous pour être une image réaliste d'un futur distant de 20 000 ans. Quand on voit la progression de l'humanité en à peine 5000 ans, c'est lui faire bien peu de crédit que de croire qu'elle pourrait supporter 12 000 ans le despotisme de l'empire galactique, et accessoirement, c'est curieux que des trucs fondamentaux comme la position de la Terre se perde dans les limbes, mais que jamais personne au cours de ces 12 000 ans n'ait l'idée de réinventer le robot positronique (une invention du XX
ème siècle, dans l'Asimoverse), après que le tabou contre son utilisation soit oublié (puisque la notion de ces robot elle-même est devenue totalement légendaire dans
Fondation foudroyée).
C'est normal dans
La Fin de l'Éternité, parce que la stagnation de l'humanité est un des thèmes du roman, qui est soi-dit en passant, un des meilleurs d'Asimov, donc l'un des moins connus, mais pas dans Fondation, ou précisément, les changement sociaux et humains sont au coeur de la structure du roman.
Pour se faire une idée d'à quel point l'humanité pourrait changer en 20 000 ans, il suffit de regarder 20 000 ans en arrière : De petits groupes de chasseur-cueilleurs à peine capable de parler et pour qui la pierre taillée était l'Alpha et l'Oméga de la technologie, on est devenu la seule espèce connue à avoir mis le pieds sur plus d'un astre du système solaire.
Le pire, c'est que la chronologie Asimovienne pèche dans les deux sens : la terraformation et la colonisation d'une proportion significative de la galaxie ne prennent que 8000 ans, puisqu'elles précèdent la formation de l'empire galactique. Vu la taille de la galaxie, et la complexité des processus, ça parait également assez peu réaliste.
***
Pour en revenir à mes moutons, lisez donc les nouvelles d'Asimov sur les robots, les trois premiers volumes de
Fondation,
Les Courants de l'Espace, pourquoi pas
Les Cavernes d'Acier, et
Face aux feu du Soleil,
La Fin de l'éternité, et laissez de côté les romans écrits après 1980 sous la pression de l'éditeur par un vieux dégoutant (Je dis ça en pensant au personnage de Vasilia Fastolfe, qui partage un point commun particulièrement douteux avec M. Garrison de South Park et qu'on est malgré tout censés prendre au sérieux).
***
Sinon, il y a un truc qui me turlubite : sachant que la nouvelle
Victory Unintentional est rattachée au cycle des robots positroniques, lui-même rattaché à l'Asimoverse, où sont passés les Jupiteriens pendant que les humains conquérissaient la galaxie ? On est censé croire que pendant 20 000 ans, ils se sont terrés dans la crainte de ZZ1, ZZ2 et ZZ3 ?
Typhon